L'espace dans le roman contemporain français :
approches linguistiques et littéraires
Dunkerque, 11-12 octobre 2018

Appels à communications

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PERSPECTIVES LITTÉRAIRES

« L’espace est un corps imaginaire comme le temps un mouvement fictif », dit Paul Valéry dans Tel Quel. Notre perception de l’espace est pour une large part culturelle, elle relève d’une expérience subjective s’exprimant en un ensemble d’oppositions fondamentales : proche ou lointain, familier ou inconnu, semblable ou différent, sûr ou dangereux… Qu’advient-il quand cette perception se fait littérature ? Ce colloque, dans son versant littéraire, se propose d’interroger la façon dont les œuvres postérieures à 1980 structurent – ou déstructurent – l’espace en repensant ces classifications.

Les modes de figuration de la réalité varient d’une langue à l’autre mais aussi d’une période à l’autre, reflétant une Weltanschauung singulière ainsi que la conscience collective d’une communauté humaine à une période donnée. Quelles sont donc, de ce point de vue, les tendances contemporaines de la représentation de l’espace ?

De nombreuses études importantes ont été publiées ces dernières années sur la littérature actuelle et ses formes particulières de représentation du réel (Blanckeman, 2000, 2002, Blanckeman et al. 2004, Blanckeman et Havercroft 2013 ; F. de Chalonge, 2013; Collot, 2014;  Dambre et Ashot 2010; Lévy et Raffestin 2004;  Rabaté, 2015 ; Viart, 1991, 1998, Baetens et Viart 1999, Viart et Vercier 2005; Westphal, 2007, 2011). Ce colloque projette d’approfondir la question de la proximité et de l’éloignement, dans leurs dimensions géographiques, mais également imaginaires et symboliques.

Quelques approches possibles, sans parti pris d’exhaustivité :

  • Comment se conjuguent identité et altérité dans la structuration de l’espace ? Comment la description construit-elle une image de soi et de l’autre ?
  • Par quels biais, quels signes, la littérature s’efforce-t-elle de tracer les contours de l’espace contemporain ? Ne s’agit-il pas aussi bien souvent de faire ressurgir dans cet espace les vestiges d’époques disparues ? Que penser de la pratique fréquente de l’ « inventaire » ?
  • Quelle dialectique s’engage entre le familier et l’inconnu, le quotidien et l’ailleurs, le visible et l’invisible ? Le proche rime-t-il avec monotonie, banalité ou avec ancrage culturel et fiabilité, le lointain évoque-t-il l’évasion, la quête ou l’exil et la menace ?
  • La proximité peut-elle être à rebours inquiétante et l’éloignement rassurant ? Que penser des imaginaires du dépaysement ou du labyrinthe, propres à la littérature contemporaine ?
  • Comment la littérature contemporaine traite-telle la question de la frontière et de toute autre forme de délimitation ? Privilégie-t-elle dans ses descriptions les cadres restreints ou les plans larges ?
  • Que penser du proche paradoxal, en lien avec l’apparition des nouvelles technologies : quel est l’impact sur la littérature du téléphone portable, d’internet, etc. ?
  • Les approches géocritiques et géopoétiques, celles qui se réfèrent à la théorie du « monde plausible » (Westphal, 2011), ainsi que les études sur les notions d’isotopie et d’hétérotopie seront bienvenues.

 


PERSPECTIVES LINGUISTIQUES

Le colloque a pour objectif de réunir des chercheurs spécialistes du roman contemporain et des linguistes dont les travaux portent sur la représentation de l’espace. Les analyses présentées par les linguistes pourront s’appuyer tout particulièrement sur un ou plusieurs de romans contemporains de langue française.

Dans un texte littéraire, l’espace s’inscrit dans l’univers créé par l’auteur pour y jouer un rôle. Il assure notamment un cadre de référence pour des personnages ou des faits décrits. L’espace assume ainsi une fonction de localisateur pour des événements (par exemple des déplacements), qui – dynamiques par leur nature – participent de la narration.

L’espace peut être représenté comme ouvert ou, au contraire, comme délimité par des frontières ou des espaces adjacents, structuré de manière à signaler la proximité et l’éloignement par rapport à un élément de référence, animé ou inanimé.

Dans un roman, comme dans tout autre genre discursif, l’espace est construit à l’aide d’outils et de ressources lexicales et grammaticales qu’une langue met à disposition de ses utilisateurs. Une phrase ou une séquence discursive évoque chez le destinataire une représentation cognitive, un type d’expérience complexe (Talmy, 2000a, 2000b, 2005), en l’occurrence liée à l’espace. Or, une telle représentation n’est pas indifférente à la perception du texte littéraire.

Depuis une trentaine d’années, les problèmes liés à la représentation de l’espace dans et par les langues ont fait l’objet de nombreuses études en psychologie et en linguistique. Elles sont consacrées à la conceptualisation et à la lexicalisation des paramètres spatiaux dans différentes langues (Talmy 2000a, 2000b, 2005; Herslund 2003; Baron et Herslund 2005; Slobin 2004), aux moyens lexicaux (verbes, expressions déictiques, prépositions) et aux structures grammaticales (Vandeloise 1986; Svorou 1994; Sinha et Kuteva 1997). Plusieurs études menées dans des perspectives comparées ont permis d’établir des typologies de langues, selon notamment les moyens qu’elles offrent pour décrire les relations spatiales. Sans oublier des effets de sens particuliers créés par des moyens qui, dans leur sens de base, servent à décrire l’espace (Bres et Labeau 2013a, 2013b).

En s’appuyant sur les résultats de recherches linguistiques, le colloque sera l’occasion de proposer des analyses portant sur les représentations de l’espace dans le roman contemporain français. On s’intéressera tout particulièrement, mais non exclusivement, aux questions suivantes :

  • Quels choix lexicaux font les auteurs pour représenter l’espace. Quels moyens linguistiques utilisent-ils pour localiser les personnages, les objets, les lieux, tout en les inscrivant dans la structure du roman ?
  • Quelles sont les structures grammaticales employées pour décrire les relations spatiales ?
  • Est-il possible de repérer, voire systématiser, des différences de moyens linguistiques mis à contribution pour décrire un lieu réel et un lieu fictif ?
  • Quel est l’apport respectif des éléments lexicaux et de structures grammaticales pour les propriétés topologiques de l’espace représenté dans un roman ?
  • Dans la division de l’espace représentée en régions proches et éloignées par rapport à un point de référence (personnage, objet), les expressions déictiques/anaphoriques sont-elles l’unique moyen de réaliser cette partition ?
  • Espace dans la traduction : Comment peut-on reproduire des relations spatiales décrites en français (langue à cadrage verbal, cf. Talmy 2000a, 2000b, langue exocentrique, cf. Baron et Herslund, 2005) dans une langue typologiquement différente ?
  • Quels sont les rapports entre les moyens linguistiques utilisés par l’auteur et le rôle que joue l’espace ainsi représenté dans la structure du roman ?

Références :

  • Baetens, Jan, et Dominique Viart (éds). États du roman contemporain. Vol. 2. Paris : Éditions Minard, 1999.
  • Baron, Irène, et Michael Herslund. « Langues endocentriques et langues exocentriques. Approche typologique du danois, du français et de l’anglais ». Langue française, no 145 (2005) : 35‑53.
  • Blanckeman, Bruno. Les Fictions singulières, étude du roman contemporain. Paris : Prétexte Éditeur, 2002.
  • ———. Les Récits indécidables : Jean Echenoz, Hervé Guibert, Pascal Quignard. Villeneuve d’Asq : Presses universitaires du Septentrion, 2000.
  • Blanckeman, Bruno, Marc Dambre, et Aline Mura-Brunel (éds). Le Roman français au tournant du XXIème siècle. Paris : Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2004.
  • Blanckeman, Bruno, et Barbara Havercroft (éds). Narrations d’un nouveau siècle (romans et récits français, 2001-2010). Paris : Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2013.
  • Bres, Jacques, et Emmanuelle Labeau. « Allez donc sortir des sentiers battus ! La production de l’effet de sens extraordinaire par aller et venir. » Journal of French Language Studies 23, no 2 (2013) : 151‑177.
  • ———. « (Des)amour(s) de venir avec l’extraordinaire ». Le français moderne, no 1 (2013) : 84‑107.
  • de Chalonge, Florence (éd). Énonciation et spatialité : le récit de fiction (XIXe-XXIe siècles). Villeneuve d’Asq : Ceges, 2013.
  • Collot, Michel. Pour une géographie littéraire. Éditions Corti, 2014.
  • Dambre, Marc, et Wolfgang Asholt (éds). Un retour des normes romanesques dans la littérature française contemporaine. Paris : Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2010.
  • Herslund, Michael (éd). Aspects linguistiques de la traduction. Université de Bordeaux : Presses universitaires de Bordeaux, 2003.
  • Lévy, Bertrand, et Claude Raffestin (éds). Voyage en ville d’Europe. Géographies et littérature. Genève : Metropolis, 2004.
  • Rabaté, Dominique. Désirs de disparaître. Une traversée du roman français contemporain. Québec : Tangence, 2015.
  • Sinha, Chris, et Tania Kuteva. « Distributed Spatial Semantics ». Nordic Journal of Linguistics, no 18 (1997) : 167‑199.
  • Slobin, Dan Isaac. « The Many Ways to Search for a Frog: Linguistic Typology and the Expression of Motion Events ». In Relation Events in Narrative: Typological and Contextual Perspectives, édité par Sven Strömqvist et Ludo Verhoeven, 219‑257. Mahwah (NJ): Lawrence Erlbaum Associates, 2004.
  • Svorou, Soteria. The Grammar of Space. Amsterdam, Philadelphia (Pa): John Benjamins, 1994.
  • Talmy, Leonard. « The Fundamental System of Spatial Schemas in Language. » In From Perception to Meaning: Image Schemas in Cognitive Linguistics, édité par Beate Hampe et Grady, 199‑234. Berlin: Mouton de Gruyter, 2005.
  • ———. Toward a Cognitive Semantics. Concept Structuring System. Vol. 1. Harvard: MIT Press, 2000.
  • ———. Toward a Cognitive Semantics. Typology and Process in Concept Structuring. Vol. 2. Harvard: MIT Press, 2000.
  • Vandeloise, Claude. L’espace en français. Paris : Éditions du Seuil, 1986.
  • Viart, Dominique. L’Imaginaire des signes dans le roman contemporain français. A.R.N.T, 1991.
  • ———. Mémoires du récit. Études sur le récit contemporain. Vol. 1. Paris : Éditions Minard, 1998.
  • Viart, Dominique, et Bruno Vercier. La Littérature française au présent : héritage et mutations de la modernité. Paris : Bordas, 2005.
  • Westphal, Bertrand. La Géocritique. Réel, fiction, espace. Paris : Éditions de Minuit, 2007.
  • ———. Le Monde plausible. Espace, lieu, carte. Paris : Éditions de Minuit, 2011.

 

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